Le bonheur simple ("Une photo, quelques mots n°124")
Texte écrit en regardant une photo de Romaric Cazeau publiée par Leïloona pour "Une photo, quelques mots"
Le bonheur simple.

Il ne fallait pas grand-chose à ma mère pour transformer une journée de vacances en trésor de bonheur. Une couverture, un parapluie immense aux tranches vertes et blanches, offert par la banque (en ce temps-là, elles étaient généreuses !) et marqué de son sigle. Pour finir, un panier rempli de tout ce que nous aimions manger et boire. Même les choses défendues, comme les chips et le coca, étaient permises ce jour-là, et côtoyaient les sandwiches et la salade maison. Au passage, en même temps que le pain, nous achetions chez le boulanger en dessous de chez nous, un gros pâté au pommes encore tout chaud.
Nous nous rendions à pied au jardin des plantes du centre-ville. Ma mère nous avait vêtus, pour la circonstance, de vêtements « qui ne craignaient rien » (ils avaient vécus et en avaient vu bien d’autres !). Nos pieds naviguaient à l’aise dans des chaussettes de coton et de confortables sandalettes.
Pour rejoindre le parc, nous longions les quais admirant au passage les péniches et les bateaux de plaisance qui nonchalants descendaient le fleuve sans se presser. Nous faisions des signes aux passagers, leur hurlant de tonitruants « bonjours » et envoyant des baisers que certains nous rendaient. Ce qui déclenchait dans notre petite troupe une bruyante hilarité que notre mère avait bien du mal à canaliser.
Au parc, nous trouvions un coin ombre et soleil où étaler la couverture. Ma mère s’installait les jambes au soleil, la tête sous le grand parapluie dont le soleil faisait craquer la toile. Nous passions la journée à gambader pendant qu’elle lisait, écoutait la radio tout en nous surveillant du coin de l’œil.
Une halte à midi pour boire et manger tout ce qu’il y avait de comestible dans le grand panier. Un temps de repos imposé, juste après, pendant la chaleur torride du début d’après-midi. Celui-ci se transformait rapidement en concours de galipettes. Si bien que notre mère, agacée, nous permettait très vite de retournait courir dans le parc.
Sur le coup des dix-sept heures, maman repliait la couverture, refermait le parapluie et sonnait le rassemblement de notre petite troupe pour rentrer à la maison.
Trop fatigués pour marcher, nous prenions le bus qui nous déposait, le corps engourdi par la fatigue de la journée et les yeux embrumés de sommeil juste au pied de notre immeuble.
C’était le temps du bonheur simple où même ceux qui ne partaient jamais en vacances, comme nous, n’en éprouvaient aucune aigreur car ils passaient tout de même des moments inoubliables dont le souvenir, aujourd’hui encore, leur tient chaud au cœur.
Le 30 Avril 2014, Mamido