Le loup, la chèvre et les sept biquets.

Publié le par mamido55

Le loup, la chèvre et les sept biquets.

C'est en pensant à l'album du même nom de Geoffrey de Pennac que j'ai écrit cette histoire pour "les Bricoleurs de mots". La mienne n'est pas du tout pour les enfants. La consigne était d'écrire un conte parodique.

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Le loup, la chèvre et les sept biquets.
Il était une fois un loup de belle prestance qui se faisait appeler Boris. Il prétendait être un descendant d’une noble famille russe, les Ivanovitch, dont le berceau se trouvait dans l’immense forêt d’Europe centrale et parlait avec un accent slave prononcé qu’il imaginait distingué.
Il était en fait né dans la forêt voisine et se prénommait Fernand Dubois.  Son père était un vieux loup pelé à la dérive, vivant de rapine entre autre expédiant. Boris Ivanovitch, digne fils de son père, avait l’art de monter des coups foireux qui se terminaient en eau de boudin. Laissez-moi vous conter l’un d’eux.
 
Depuis quelques temps, Boris avait des vues sur la maison, la fortune et la chair fraîche de la famille Chabichou qui vivait, en bordure de forêt dans un élégant manoir avec piscine. Monsieur Chabichou était directeur de banque et Madame, mère au foyer se contentait d’élever leurs sept charmants bambins –pardon, biquets- et de participer à quelques œuvres de charité.
 
S’emparer de la fortune de Chabichou, Boris en rêvait et si, par-dessus le marché, il parvenait à dévorer ses sept biquets, ça serait la cerise sur le gâteau. Il en salivait d’avance. Depuis des mois, le filou préparait son coup, espionnant les habitudes de la famille et guettant le moment opportun. Il finit par repérer que chaque Mardi après-midi, alors que Monsieur s’en retournait travailler, Madame se rendait à la ville, au volant de sa mini-caprine rose, afin de se consacrer à ses œuvres. En cette occasion, elle laissait seuls, livrés à eux-mêmes la maisonnée et sa progéniture. Pour autant, Madame Chabichou ne laissait pas la maison ouverte aux quatre vents et avant de partir elle abreuvait de conseils et de mises en garde ses sept biquets afin qu’ils n’ouvrent à personne d’autre qu’elle. Conseils fort bien suivis jusqu’ici comme Boris avait pu le constater.
« Il va falloir la jouer fine, mon p’tit loup ! » pensa Boris.
 
Le mardi matin suivant le vit se rendre chez l’épicier, le coiffeur, le marchand de chaussures, la couturière, le chapelier et le parfumeur. Alourdi de tous ses paquets, il se réfugia dans la clairière la plus proche de la demeure Chabichou pour mettre en œuvre son plan machiavélique et se transformer en une Madame Chabichou plus vraie que nature. Aspergé de farine pour rendre son pelage d’un blanc laiteux, vêtue d’une robe à volant, d’une étole de renard argenté, d’un chapeau agrémenté d’une voilette destinée à dissimuler son long museau, Boris compléta sa tenue en chaussant de hauts talons et en enfilant de gants en fin chevreau pour cacher ses grosses pattes. Puis, il ajouta la touche finale (et fatale selon lui) en s’aspergeant du célèbre parfum « Crottin by Chevignol ».
 
Ainsi déguisé, il attendit, derrière une haie, le départ de Madame Chabichou., piaffant d’impatience durant ses longues recommandations.
« - Et surtout vous n’ouvrez la porte à personne d’autre qu’à moi… et gna gna gna… et gna gna gna… »  la singea-t-il empruntant à la chèvre sa voix douce et suave.
Ce qui fut, finalement, un bon entrainement pour lorsqu’il se présenta à la porte dix minutes plus tard.
« - Ouvrez-moi la porte, mes petits amours, c’est maman qui a oublié son tricot et son chéquier pour les œuvres de la paroisse ! »
 
A ces mots, le plus petit des chevreaux, sans réfléchir, ouvrit grand la porte à ce qu’il croyait être sa mère. Ce faisant, il se jeta littéralement dans la gueule du loup qui l’aurait croqué illico si les six autres ne s’étaient pas rués sur lui pour le rouer de coups.
Boris voulait leur échapper mais il se prit les pieds dans le tapis et cassa le talon d’un de ses escarpins « Loup Boutin ». Diable, il n’avait pas l’habitude de marcher sur de tels engins ! Il s’affala par terre assommé sous les coups conjugués des sept mioches, pardon, biquets.
Lorsque Maman Chèvre revint, deux heures plus tard, il reprenait juste ses esprits. Elle l’agrippa par le col pour le mettre dehors. Lui, la perruque de travers, la robe déchirée, les talons cassés, tentait de se défendre et de sauver ce qui pouvait l’être encore en s’accrochant au cou de
Madame Chabichou pour retrouver l’équilibre et un semblant de dignité.
 
C’est dans cette posture pour le moins équivoque que Monsieur Chabichou, qui s’en revenait de la banque, retrouva sa femme dans l’entrée.
« - Ah, Madame, voilà vos turpitudes découvertes ! Vos œuvres de charité n’étaient donc qu’un prétexte pour vous adonner à la luxure et à de honteuses pratiques… »
Apercevant ses sept biquets qui contemplaient la scène, les yeux exorbités, du haut de l’escalier :
« - Et devant les enfants en plus ? Madame, vous vous déshonorez ! »
Se tournant vers Boris, il eut tôt fait de comprendre sa méprise et c’est lui qui, d’un formidable coup de sabot dont seuls les boucs sont coutumiers, jeta le loup hors de sa maison.
Boris rentra chez lui fort dépourvu, jurant qu’on ne l’y reprendrait plus.
Le mois d’après, il frappait à la porte des trois frères Porcinet.
 
Mamido, le 1er Avril 2015

Publié dans Bricoleurs de mots

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T
Très belle conte. pour en trouver d'autres écrits à lire gratuitement, je vous invite à visiter mon site.
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