Comme un légo*...
*Texte construit à partir des paroles de la chanson d'Alain Bashung "Comme un lego" et en regardant le tableau de Fernand Léger.
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Comme un lego...
Voyez-vous tous ces humains trimer ensemble, à se donner la main ? Des playmobils sur un mécano géant. Ils construisent nos villes, inlassablement.
C’est sûr, un jour quelqu’un a inventé ce jeu, terrible, cruel, captivant : des maisons, des lacs, des continents, comme un lego, sans sentiment.
Déjà, durant les siècles égyptiens, avec leur sueur, avec leur sang, pierre après pierre, ils assemblaient les mausolées des tout-puissants.
Comme un lego, dans le sable et dans le vent.
Déjà, durant les siècles de l’âge moyen, à porter mille fois leur poids, avec leurs mains, avec leur foi, ils édifiaient des cathédrales qui n’exauçaient que les prières des tout-puissants.
Comme un lego, dans la douleur, péniblement.
C’est sûr, un jour quelqu’un a inventé ce jeu, terrible, cruel, captivant : des maisons, des lacs, des continents, comme un lego, férocement.
Aujourd’hui, les capitales sont toutes les mêmes devenues, vêtues d’acier, vêtues de noir. Avec leurs façades en miroir, comme un lego, mais sans mémoire.
C’est sûr, un jour quelqu’un a inventé ce jeu, terrible, cruel, captivant : des maisons, des lacs, des continents, comme un lego, au fil du temps.
Contempler le monde de si haut, comme un damier, comme un lego, c’est comme regarder au travers de la lunette d’un microscope. On se penche, on regarde dedans.
Comme un lego, souverainement.
On voit de toutes petites choses qui luisent. Ce sont des gens dans leurs chemises. Tous ces êtres anonymes qui courent, dans le hasard et dans la nuit, dans le silence et dans le bruit. Une fourmilière d’êtres vivants, d’esclaves soumis au bon vouloir des tout-puissants.
C’est sûr, un jour quelqu’un a inventé ce jeu, terrible, cruel, captivant : des maisons, des lacs, des continents, comme un lego qu’on détruit et qu’on recommence, éternellement.
Mamido, 26 et 27 Février 2015