L'araignée et le cheval.
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L'araignée et le cheval.
« - J’ai connu, autrefois, un cheval de trait, racontait l’araignée à ses petits-enfants, dans une ferme où j’avais posé ma toile, pour un temps. »
C’était un beau percheron, à la croupe puissante. Il avait du poil aux pattes et la crinière avantageuse. C’était un bosseur infatigable, qualité fort appréciée par son patron, le fermier.
Pourtant ce cheval avait un défaut. Un défaut rédhibitoire.
Un défaut qui faisait fuir tous les animaux de la ferme, qui les faisaient se moquer de lui derrière son dos. Un défaut qui empêchait les petits enfants de s’approcher de lui pour le flatter et le caresser. Un défaut qui incommodait la fermière au point qu’elle refusait que ce soit lui qu’on attelle à la charrette pour l’emmener au marché.
Le cheval de trait en était fort marri, lui qui adorait la compagnie.
Il aurait adoré que les enfants grimpent sur son dos, brossent son pelage et tissent dans sa crinière de jolis rubans, comme à la jument, sa voisine.
Il rêvait de tirer la carriole pleine des produits de la ferme jusqu’au marché ou de mener toute la famille à la messe le Dimanche. Mais, à chaque fois, c’était la jument grise qui était choisie.
Et lui qui la regardait s’en aller fière et pimpante, le poil lustré, parée de belles courroies de cuir, attelée à la carriole peinte en bleu.
« Comme j’aimerais sentir l’air frais de la campagne dans ma crinière, trotter dans le petit matin, au soleil levant, voir du pays et rencontrer du monde. Pas tout le temps, mais… de temps en temps… au moins une fois… » se lamentait-il tristement.
« Pourquoi les autres animaux de la ferme m’écartent-ils de leur discussion ? Pourquoi me fuient-ils comme un pestiféré ? Pourquoi me considèrent-ils avec tant de mépris ? Que leur ai-je donc fait ? Et le fermier ? Pourquoi ne vient-il jamais me parler ou me féliciter après une rude journée de labeur ? Il le fait avec l’âne et les bœufs, je l’ai bien remarqué. Je travaille pourtant avec courage. Je donne toute ma force, jour après jour et je ne reçois que moquerie ou mépris en retour ! Le fermier, pour éviter d’avoir à me parler sans doute, attache un foulard autour de son nez et de sa bouche lorsqu’il dispose ou défait mon licol. C’est dire l’estime dans laquelle il me tient !!! »
Ainsi se lamentait-il à voix haute, un Dimanche alors que la carriole venait une nouvelle fois de partir sans lui. Devant cet abîme de tristesse, l’araignée qui pourtant aimait à se faire discrète et ne supportait pas de se mêler des affaires des autres, du haut de sa toile, laissa fuser sa petite voix à l’adresse du canasson :
« Personne ne t’a-t-il jamais informé de l’horrible infirmité qui t’afflige, l’ami, et qui tient écarté tous les autres de toi ?! »
« Ma fois non, répondit le cheval, et je te saurais gré de m’en informer »
« Comment dire, euh… Enfin, inutile de tourner autour du pot, en un mot comme en cent, s’il faut parler franchement, bref… tu pues de la gueule, c’est une telle infection que même les mouches, au plus fort de l’été, n’osent pas se poser sur toi ! »
« Non, je ne sens rien… Mais comment remédier à cela, petite araignée ? Si tu peux m’aider je te vouerai une reconnaissance éternelle »
« C’est simple, l’ami, il te faut adopter une bonne hygiène bucco-dentaire ! Chaque jour te laver les dents, t’en aller brouter l’herbe fraîche de rosée en privilégiant les plantes odorantes telles la menthe, le thym et le serpolet qui te donneront une haleine fraiche et parfumée. »
« Et c’est tout ? » murmura le cheval, émerveillé par tant de simplicité.
« A renouveler deux à trois fois par jour si nécessaire ! » martela l’araignée.
Ainsi fit le cheval.
Il est aujourd’hui l’animal le plus choyé de la ferme, apprécié de tous pour sa douceur et l’intérêt de sa conversation.
Mamido, le 13 Décembre 2014