Une photo, quelques mots n°105

Publié le par mamido55

Texte écrit en regardant la photo de Kot publiée par Leïloona pour "une photo, quelques mots" n° 105.

Scène de la vie parisienne.

metro-paris-kot.jpg

Bon, faut vous dire, moi l’métro, c’est pas mon truc.

 

Je ne suis pas parisienne.

Enfin si… Par accident… Ou plutôt par obligation… Pour le boulot.

Sinon, je suis une pure provinciale. Mais ça ne se voit plus trop. Maintenant, je fais comme eux, je me déplace en métro parce que c’est le moyen le plus simple d’aller d’un point à un autre, dans cette ville. On n’a pas encore trouvé mieux.

 

Dans le métro, il y a plein de monde mais, en fait, on est tout seul. Tu pourrais crever dans le métro, les gens te marcheraient dessus sans même te regarder.

Enfin… Pas tous. L’autre jour, il y avait un gars par terre. Une dame, genre la soixantaine, les cheveux blancs, une grosse doudoune, des chaussures de marche, s’est arrêtée. Elle a aidé l’homme à se relever, s’est enquise de sa santé, l’a accompagné s’asseoir sur l’un de ces sièges verts en plastique vissés contre le mur de toutes les stations parisiennes.

 

Le gars, il n’en revenait pas. Les habitués du métro non plus. Moi, j’avais compris que c’était une touriste venue visiter Paris, avec son plan dans les mains. Elle ressemblait à ma mère. Elle ne savait pas qu’ici tout le monde est invisible, que personne ne voit personne. Que c’est chacun pour soi. Elle, elle nous voyait encore, tous, chacun d’entre nous.

Du coup, tout le monde la regardait. Par son acte inhabituel, elle nous avait rendu la vue, à moi en particulier. Je l’ai vue, elle, celui qu’elle avait aidé ainsi que tous les autres autour.

Celui qui attachait son lacet.

Celui qui lisait son livre, sous sa capuche blanche.

Celle qui consultait sa messagerie.

Celui qui rajustait sa cravate, son attaché case entre les jambes.

Celui qui peinait à descendre de la rame, avec sa poussette et son bébé emmitouflé jusqu’aux yeux dedans.

Ceux qui attendaient, ceux qui montaient, ceux qui descendaient, ceux qui restaient, ceux qui partaient…

Celle qui chantait sa petite chanson pour quelques ronds.

Celui qui ânonnait son discours bien rôdé d’une voix monocorde. Discours de misère, pour qu’on lui vienne en aide. Discours que personne n’écoute jamais. Discours d’une ombre qui passe pour s’évanouir aussitôt à la station suivante. Pour une fois, je l’ai écouté ce discours. J’ai donné un ticket restaurant… pour les enfants dont il avait parlé… en me demandant s’ils existaient vraiment… Mais bon, donner, c’est donner…

 

Je me suis dit que j’étais devenue bien plus parisienne que je ne le croyais pour avoir perdu la magie du regard, sans même m’en rendre compte. Et que ma sœur provinciale avait bien fait de me rendre ce pouvoir, même pour un temps.

 

Puis j’ai pris mon portable et j’ai appelé ma mère, là-bas, dans mon petit village de Pavezin, au cœur du mont Pilat.

 

Mamido, 27 Novembre 2013

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Leiloona 04/12/2013 22:19

Oui, on perd ce regard ... Mais c'est aussi une question de caractère. Je m'amuse toujours près de 10 ans après, à regarder le monde dans le métro. :) Provinciale de regard, mais parisienne de
coeur. ;)

Yosha 03/12/2013 20:24

Merci pour ce texte qui m'a beaucoup touchée. Je crois bien que je l'ai un peu perdu ce regard... on se blinde, on s'enferme dans sa bulle et quand quelqu'un vous aborde, on sursaute, on a peur...
J'essaie d'être attentive, de voir les gens qui ont besoin d'aide et ce texte va m'y aider alors merci Mamido !

Cardamone 02/12/2013 16:23

Très joli moment où les yeux retrouvent leur capacité de voir!