Tournoi de sorcières

Publié le par mamido55

Veille de tournoi à Elseneur.

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Elle était descendue de la voiture de deuxième classe du train en provenance de Copenhague  en toute discrétion et dans l’indifférence générale, il faut bien le dire. Au même moment,  à l’autre bout du quai, une foule de badauds curieux et de journalistes, caméras et micros en main, se massaient devant la porte du wagon de première pour accueillir avec effervescence la championne en titre du Tournoi de l’année précédente. Celle-ci est apparue, en prenant son temps puis sous les hourras et les bravos, dans le crépitement des flashes des appareils photos, elle a pris des pauses affectées.

 

« En habituée du fait » n’avait pu s’empêcher de penser, non sans une certaine jalousie Elloa, en sortant de la gare. Elle avait à peine une minute de trajet à pied jusqu’à l’hôtel de « Madam Sprunck » où étaient logé l’ensemble des concurrentes et le staff d’organisation.

Elle les franchit d’un pas alerte, peu encombrée par l’unique bagage qui se  balançait au bout de son bras. C’était le cadeau de fin d’étude offert par Tante Bry lors de sa sortie de l’école des sorcières. Un sac en tapisserie, version modernisée du fameux sac sans fond  « Mary Poppins », son illustre et première utilisatrice. Lequel sac contenait tout ce qui lui serait utile durant son séjour à Elseneur et pour sa première participation au Tournoi des sorcières.

 

En même temps que sa clé de chambre, elle récupéra  son badge de participation. « J’espère que vous n’êtes pas trop superstitieuse » gloussa l’organisatrice en le lui remettant. Elloa s’aperçut alors qu’il portait le numéro treize. Elle haussa les épaules, elle n’en avait cure. Elle en neutraliserait la nocivité par un sort d’annulation, si cela se révélait nécessaire.

 

La chambre qu’on lui avait allouée n’était guère plus grande qu’une cabine de bateau, le confort était spartiate mais le lit à une place se révéla fort moelleux.

Elloa commença l’inventaire de son sac : vêtements et sous-vêtements chauds et confortables pour se déplacer, les trois tenues qu’elle arborerait pour chacune des épreuves. Avant de les suspendre soigneusement dans l’armoire, sa main effleura un instant leurs soies chamarrées. Elle sortit ensuite les instruments autorisés par le Comité International des Sorcières (CIS): sa  baguette, taillée dans du bois de sureau et finement sculptée, une coupe sacrée et un chaudron nécessaires pour élaborer breuvages, philtres et potions mais aucunes herbes ou racines car dans un souci d’égalité entre les concurrentes, ces ingrédients étaient fournis par l’organisation.

En dernier, elle déballa son Livre des Ombres dans lequel elle consignait, depuis qu’avait commencé son apprentissage tout ce qu’elle avait appris ou découvert par elle-même sur l’Art de la magie.

 

Elle n’avait aucune idée des trois épreuves qui leur seraient proposées sur ces trois jours. Demain, lors de l’ouverture du Tournoi, celles-ci seraient tirées au sort par le Jury composé de sorciers de renom, anciens champions du Tournoi pour la plupart ainsi que d’Elfes et de Fées, représentant le « Petit Peuple » des bois et des champs.

 

Dans son Livre des Ombres, Elloa avait en principe de quoi parvenir à surmonter tout ce qui pourrait lui être demandé demain : pouvoirs de divination, de prophétie ou de voyance, philtres d’amour, de retour d’affection ou potions de guérison, formules magiques pour influencer le temps et exercer son pouvoir sur les quatre éléments, incantations pour communiquer avec les esprit de la nature et de l’au-delà, voyager dans l’univers…

Quelles que soient les épreuves, elle s’y était préparée… Mais c’était une toute jeune sorcière, encore novice et pour la première fois elle se confronterait aux meilleures. Elle voulait juste croire que sa fraîcheur et sa fougue candide compenseraient son inexpérience. Elle avait en tête les paroles de Tante Bry, qui l’avait inscrite au Tournoi presque malgré elle : « Affronter les meilleurs permet d’atteindre l’excellence ! »

 

Soudain, la crainte de se ridiculiser envahit Elloa. A ce moment, elle fut à deux doigts de tout remballer et de prendre le premier ferry en partance pour la Suède pour s’y cacher… Au lieu de cela, elle sortit de l’hôtel pour se rendre jusqu’au château de Kronborg, où se dérouleraient les épreuves. Les quinze petites minutes de marche qu’il lui fallut pour l’atteindre lui remirent les idées en place. Là, face à la majestueuse beauté de l’édifice construit au bord de l’océan, elle décida d’affronter son destin, quel qu’il fut et quoi qu’il lui en coûtât.

 

Mamido, 7 Novembre 2012

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