Road Movie

Publié le par mamido55

Si ailleurs, des fois, l'herbe était plus verte...

Sujet emprunté au site l'Affabulatoir et arrangé façon Bricoleurs.

Les phrase entre guillemets sont extraite du livre "Rouler" de Christian Oster et servent de relance à l'écriture des différentes étapes de ce voyage. Les mots en gras sont les bagages imposés (mots à inclure tout au long du texte).

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« J’ai pris le volant un jour d’été, à treize heures trente. J’avais une bonne voiture et assez d’essence pour atteindre la rase campagne. C’est après que les questions se sont posées. Après le plein, j’entends.»

En sortant de la station service, j’avais le choix. Soit prendre à droite, suivre l’avenue qui traverse la zone commerciale puis m’engager sur l’autoroute, soit prendre à gauche, le rond-point et les différentes directions champêtres qu’il me proposait.

L’autoroute, c’était trop radical. Ça m’emmènerait tout de suite vite et loin. Trop vite et trop loin pour ce voyage impromptu qui se voulait à la découverte des paysages et des gens.

Alors, délaissant les panneaux qui m’annonçaient en grandes lettres la fin des soldes, je me suis dirigée vers le rond-point et son rayonnement de routes départementales. Là encore, j’ai hésité. Je me suis offert un premier tour, pour rien, juste pour lire les indications, sur les panneaux. Comme au manège, j’ai fait un deuxième tour, pour réfléchir. St Predoux- Lichemerle- Le Grand Pré- Dans ma tête, puis à haute voix, j’ai prononcé les noms des différents patelins, espérant que ça me guiderait. Le troisième tour, m’a mise en orbite sur la départementale 136, direction Lichemerle, vingt kilomètres.

 

Je ne sais pas si c’était le nom du patelin qui l’avait déclanchée  ou la chaleur écrasante en ce début d’après-midi de Juillet, mais tout à coup je me suis senti une petite soif et plus j’avançais vers Lichemerle plus celle-ci grandissait. Et bien sûr, pas une goutte d’eau dans la voiture.

Ça commençait mal, si je devais m’arrêter toutes les vingt bornes, quel que soit l’endroit où j’allais, je n’étais pas prête d’y arriver !

Mais bon, je m’organiserais mieux le lendemain et, en attendant, l’un des bistrots de Lichemerle serait ma première étape. Etant donné la taille du village, je n’ai guère eu le choix. Il n’y avait qu’un seul bar. « C’était un petit établissement d’angle, avec deux tables sur le trottoir. »

J’ai garé la voiture juste en face, devant le siège du Parti. Dans la vitrine pavoisée de drapeaux rouges et de slogans proposant des lendemains radieux à ceux qui entreraient dans la Lutte, j’ai pu lire une affichette annonçant que la camarade Marguerite proposait toutes les semaines une réunion au local pour une heure de crochet. Le produit de la vente des objets fabriqués serait entièrement reversé dans les caisses de la section afin de financer le car pour la manifestation du 15 Octobre…

Cette lecture édifiante, qui m’a laissé admirative devant tant de dévouement à la Cause, n’a pas étanché ma soif pour autant. J’ai donc traversé pour m’asseoir à l’une des deux tables sur le trottoir.

Trois heures de l’après-midi. La rue était déserte. J’ai levé les yeux sur une fenêtre ouverte parée de rideaux au crochet (tiens, une adepte de Marguerite, une bonne âme dévouée du Parti ? Une qui crochetait chaque semaine ou une qui avait, en achetant les rideaux, offert son obole militante ?). On entendait Gérard Holtz commenter l’arrivée du Tour de France. Ça sentait la soupe de navets. J’ai pensé que c’était un peu tôt pour préparer le repas du soir. Et puis de la soupe, de navets en plus, en plein été, par cette canicule. Sûrement deux petits vieux qui habitaient là-haut. Des militants de la première heure, ayant vécu les belles heures du PC, Maurice Thorès, Georges Marchais… Et aujourd’hui, lui regardait le Tour de France, callé devant sa télé et elle épluchait ses légumes dans la cuisine. Tout à l’heure, il lui commenterait les article de l’Huma et elle l’écouterait, en maniant le crochet…

« -…., Mademoiselle ? »

J’étais tellement absorbée, en train de me faire mon cinéma, que je n’ai pas entendu ce que me disait le serveur.

« - Oh, pardon, vous pouvez répéter, je vous prie ? »

Mes yeux ahuris ont contemplé l’homme, avec le plus de poils dans le nez qu’on puisse imaginer, pendant qu’il me répétait sa question, en articulant très fort, comme s’il s’adressait à une sourde demeurée.

« - Vous dé-si-rez, Ma-de-moi-selleuh ? »

« - Un Perrier citron, bien frais, s’il vous plait ! » ai-je claironné, avec mon plus charmant sourire, qui n’opéra nullement sur le serveur car il me bougonna :

« - De la Perrier, on n’en fait pas. Ici, comme eau gazeuse on a que de la Vals, c’est une eau de la région. » J’ai repris mon air mutin :

« - Eh bien, puisque vous m’y invitez, allons-y pour une Vals citron… » Le bonhomme, qui n’appréciait certainement ni la danse ni la plaisanterie, est parti en levant les yeux au ciel, d’un air de dire : « encore une originale !... »

 

Et moi, j’ai repris machinalement mon observation de la fenêtre d’en face.

La télé s’était arrêtée. Fini le tour de France. Papy et Mamie n’allaient tout de même pas passer à table à quatre heures de l’après-midi. Soudain, ça a bougé, derrière les rideaux au crochet. J’en ai été pour mes frais, car est apparue, en lieu et place de la mémé imaginée, une jeune femme à la chevelure d’une teinte orange décolorée, qui semblait s’être taillée la frange à coup de ciseaux elle-même, tant sa chevelure partait dans tous les sens. Ou alors, la coiffeuse était sa pire ennemie et elle devait songer sérieusement à en changer.

La nana semblait attendre quelqu’un. Ça n’a pas traîné, puisque dans le même temps, la porte du bas s’est ouverte sur un jeune homme vêtu de joggings phosphorescents, un casque de cycliste  sur la tête et tenant un vélo par le guidon.

« - Quand tu auras fini ton tour, lui a lancé la fille (ça m’a fait sourire mais elle n’avait pas du tout l’air de plaisanter), pense à passer prendre les sachets de dragées qu’on a commandé pour le mariage. »

Une drôle d’idée m’a traversé l’esprit : comment il allait tenir le voile sur les cheveux orange tout saccagés?!

Mais j’avais fini mon verre. Alors, j’ai interrompu là mes spéculations et j’ai repris ma route.

 

Sous le soleil adouci de cette fin d’après-midi, la campagne était magnifique. Mes yeux se sont gorgés de ces beaux paysages. J’ai fredonné quelques vieilles rengaines entendues à la radio, tout ça me rendait joyeuse et paisible.

En fin de soirée, j’ai songé à trouver un endroit pour souper et dormir. A l’horizon, au milieu des vignes et des champs de lavande, j’ai aperçu un village qui m’a semblé avoir du caractère. J’ai pensé auberge et son menu du terroir, chambre d’hôtes pittoresque et accueillante… Un arrêt s’imposait.

« Là aussi c’était beau. Dans le genre typique. Je me suis garé dans le centre près de l’église. Tout autour, même sans lever les yeux, c’étaient des hauteurs avec des parcelles en pente, encadrées par des haies, et parfois de grands espaces drus et ras, que coupaient des boisements. La rue où je m’avançais était pavée, avec des façades et des toits anciens. Je croisais des touristes surtout, des gens qui prenaient des photos ou progressaient d’un bon pas dans leurs chaussures de marche, en jetant de côté des regards enregistreurs. »

Plus je progressais dans ma visite à la recherche du gîte et du couvert pour la nuit, plus je me rendais compte que je m’étais fourvoyée.

C’était l’endroit touristique par excellence, avec ses restaurants aux menus identiques, ses boutiques de souvenirs faussement transformées en échoppes médiévales proposant un pot au feu d’idées de cadeaux passe-partout. Ici, on trouvait les mêmes bougies et savons qu’on trouvait partout ailleurs, les mêmes nappes et les mêmes serviettes éponge, sauf qu’ici elles étaient brodées aux armoiries du château du coin.

Plus loin, c’était du papier à lettres –rose- sur lequel on retrouvait encore le même écusson.

Et tout au long des ruelles, les hauts parleurs crachotaient sans cesse la même turlutaine. Un air de flûte, aux tonalités vaguement moyenâgeuses, qui finit par m’agacer au plus au point, de même que ces gogos qui se baladaient tous avec des sacs en plastique identiques bourrés de babioles à l’effigie de la ruine historique du village.

 

Alors que je me tordais les pieds sur les pavés des ruelles sans parvenir à découvrir la moindre auberge convenable, sans parler de la chambre d’hôte, je me suis rendu compte que je perdais mon temps. Finalement, ce n’était pas si beau et si authentique que ça en avait l’air au début. Ce n’est pas ici que je trouverais ce que je cherchais.

L’heure tournait, le soir tombait. Si je voulais avoir une chance de trouver un endroit convenable pour manger et dormir cette nuit, il fallait que je me casse de cet endroit. En courant.

 

Mamido, le 11 Septembre 2013.

Publié dans Bricoleurs de mots

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JAK 17/09/2013 15:16

Jamais à court d'idées.
J'aurais aimé t'entendre le lire.. bissssssssss