Moules frites

Publié le par mamido55

Sujet emprunté à skriban et arrangé à la sauce bricoleur. Logorallye maritime évoquant le tour de France.

Le bistrot de Paulo...

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C’était le coup de feu du service de midi. Dans le restaurant de son père, aux murs décorés de filets de pêcheurs parsemés d’étoiles de mer, France chaloupait entre les tables, toutes occupées, du fond de l’arrière salle à la terrasse ensoleillée.

 

C’était un petit bistro sur le port, où l’on servait toujours les mêmes menus : moules frites à midi et thon à la catalane le soir. Avec invariablement en dessert, deux boules de glaces nappées d’une montagne de chantilly, agrémentée de pépites de chocolat, surmontée, pour parfaire le tout, d’une praline. Seul, le choix des parfums était laissé au client.

Dans ces deux plats uniques se trouvait toute la science du chef, mais quelle science ! Chacun s’accordait pour dire que Paulo les réussissait comme personne.

Et que France mettait tout son art dans la décoration de ses coupes glacées.

Et que lorsqu’elle se penchait pour vous les servir, elle vous offrait alors le plus beau paysage qui soit, fait de monts et de vallées, à en faire oublier ceux que parcouraient les cyclistes à la télé, en ce mois de Juillet surchauffé.

 

Et pour ceux que ça lassait de manger tous les jours la même chose, il y avait toujours Anémone, plus loin sur le quai, qui servait la morue ou le filet de bœuf grillés à la plancha.

Mais l’ambiance y était plus sélect, moins bon enfant et l’addition plus salée.

Alors, nombreux étaient ceux qui restaient fidèles à Paulo. Tout juste une petite entorse de temps en temps, histoire d’éviter l’overdose, une « queue de poisson » comme disait France quand elle était petite et qu’elle reprenait les expressions imagées de son père, souvent mal à propos parce qu’elle n’en connaissait pas exactement le sens.

 

Et puis, justement, dans le restaurant de Paulo, il y avait France. France et son tour de hanche voluptueux. France à qui tous les gars lançaient des regards de merlan frit. Particulièrement Lucas, l’employé du bureau de poste, derrière ses grosses lunettes en écaille. Lucas qui devenait rouge comme la balise au bout du port, la nuit, dès que France lui adressait la parole.

Et sûr que pour lui, comme pour tous les autres, les soixante ans d’Anémone et surtout ses cent vingt kilos, ne pouvaient pas rivaliser avec la fraîcheur et la candeur des dix-huit ans de France et ses formes girondes. Qui valaient bien une indigestion de moules frites et de thon.  

 

Mamido, le 5 Juillet 2013

Publié dans Bricoleurs de mots

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