Mardi matin, à la sortie du métro...

Publié le par mamido55

Texte inspiré par la photo de Kot publiée par Leiloona pour "Une photo, quelques mots n°47.

 

Mardi matin, à la sortie du métro...

  expositionmulti

                           Photo de Kot


D’abord, des bruits diffus, comme de la vaisselle qui s’entrechoque. Ça résonne dans ses oreilles, ça lui fait mal à la tête. Elle essaie d’ouvrir les yeux, mais elle n’y parvient pas. La lumière est trop vive, ça l’éblouit. Elle murmure : « Eteignez les lampes, s’il vous plait, éteignez les lampes ! ». Sa bouche est sèche, elle a du mal à parler. Elle ne reconnaît pas cette voix rauque, elle ne comprend pas tout de suite  que c’est la sienne.

 

Dans sa tête, les souvenirs affluent. Les images se bousculent et se superposent. Elle marche dans la rue, elle passe devant une vitrine. C’est un atelier de restauration de tapisseries… Non, elle confond… C’est un magasin de vaisselle… Ou plutôt de luminaires… Tout s’embrouille dans son esprit, elle ne sait plus… Les battements de son cœur s’accélèrent. Pourquoi ne parvient-elle pas à se rappeler. Elle VEUT se rappeler…

 

Elle s’agite et tout à coup la douleur l’envahit… Alors, elle se revoit dans le métro. Elle va au boulot. Accroché comme elle à la barre centrale, il y a cet ado en jean, il porte des baskets. Elle n’a vu que ses jambes et ses pieds, elle regardait par terre. Elle se souvient aussi avoir croisé le regard d’un vieux juif barbu avec son chapeau noir et ses papillotes... Oui, mais ça c’était plus tard, elle était déjà sortie du métro.

 

Il y a aussi ce gars qui marche devant elle avec son étui de contrebasse à la main.

 

Tout à coup, il s’arrête et commence à le déballer. Une pensée l’effleure à ce moment : « Quelle drôle d’idée de vouloir jouer dans la rue à cette heure ! Le matin, les gens sont trop pressés, personne ne l’écoutera. »

 

Mais ce n’est pas un instrument de musique qu’il en sort, c’est… un fusil mitrailleur.

Et alors, c’est l’enfer qui commence… Il tire au hasard dans la foule, il allume tout ce qui bouge. Incrédule, elle pense « Pourquoi ?! » puis sans plus réfléchir, elle plonge au sol, dissimulée par la murette de la bouche du métro. Elle se recroqueville dans sa dérisoire cachette, les bras autour de la tête.

Autour d’elle, ça se bouscule, ça court dans tous les sens. Tout n’est que cris, pleurs, supplications. Les balles sifflent, les vitrines se brisent, les voitures freinent, se fracassent les unes contre les autres… Ça dure une éternité… Puis soudain, le silence, juste ponctué par des râles et des gémissements.

 

Après, tout est submergé par les sirènes de la police, des pompiers et des ambulances… On veut l’aider à se relever mais elle a été blessée à la cuisse et à l’épaule. Elle ne s’en était même pas aperçue. On la transporte à l’hôpital.

 

Une seule pensée l’obsède.

Juste avant de se jeter à terre, elle a vu cette petite fille, toute blonde, toute frêle, plantée là, sur le trottoir d’en face. Elle était tétanisée, le regard apeuré et un doigt sur le nez. Personne pour lui dire de se coucher, personne pour la protéger.

 

Elle se demande ce qu’elle est devenue… Elle espère juste qu’elle va bien.

 

Mamido, le 6 Septembre 2012

 

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Cécile MdL 18/09/2012 13:33

Quelle histoire, wah, j'en ai la chair de poule
Bravo

Leiloona 11/09/2012 08:08

Eh bien, on commence l'année très fort toutes les deux ! :D
Texte bien angoissant et inquiétant !

Petite Aurore 10/09/2012 22:14

Un texte dans la même veine que celui de Leiloona. Il sonne très juste !

Cardamone 10/09/2012 16:01

J'aime beaucoup ton écriture.

ABC 10/09/2012 11:55

C'est presque trop vrai pour ne pas avoir été vécu...

lucie 10/09/2012 08:47

ton texte coule, c'est bien écrit, l'effet fouillis des souvenirs qui reviennent post fusillade, l'horreur, la peur pour cette enfant. Comme leiloona tu as vu dans la juxtaposition, la difficulté
pour le cerveau de faire le tri après choc. Tout revient comme un torrent de boue qui transportent branchages et objets après la tempête...

Lilou 10/09/2012 08:29

Un témoignage fictif mais qui sonne si juste... Quel beau texte !

avec le sourire

Jean-Charles 10/09/2012 06:34

c'est décidé ce matin je ne prends pas le métro !
surprenant comment chacun reçoit une photo et la fait parler.

32 octobre 10/09/2012 01:20

texte étonnant, angoissant, inquiétant...
belle maîtrise des mots qui nous entraînent dans le sillage du narrateur