Logorallye des expressions et locutions

Publié le par mamido55

Aux "bricoleurs de mots" nous avons planché la semaine dernière sur un thème proposé par le site "écriture créative".

Pause-café.

pause-cafe.JPG


Elle leur avait mis l’eau à la bouche en leur décrivant par le menu les bons petits plats qu’elle mitonnerait à Noël. Toute à ses explications culinaires, elle n’avait même pas remarqué l’air mi-figue mi-raisin de l’une de ses collègues qui passerait les fêtes, seule devant une boîte de raviolis.

 

Heureusement, celle-ci n’écoutait jamais que d’une oreille distraite toutes ces piailleries de pause-café. Pourtant, cette fois-ci, la discussion changeait un peu des échanges critiques façon Pivot du dernier roman à l’eau de rose. Ou même des taillages de costard aux absents à la sempiternelle pause au fond du couloir, tous plus ou moins vachards et à la tête du client. Propos désobligeants qui s’interrompaient brusquement lorsque toutefois celui en train de passer au banc des accusés venait à s’aventurer dans le coin.

 

A chacun de ces déballages de ragots dont toutes ces dames faisaient des gorges chaudes, Mélanie adoptait une attitude neutre, qui aurait même pu passer pour un peu lâche. Elle souriait vaguement, baillait aux corneilles en sirotant le café insipide que distribuait la machine du bureau devant laquelle toutes s’agglutinaient à dix heures et seize heures, avec une régularité de coucou suisse…  La jeune femme se retirait dans sa tour d’ivoire, laissant son esprit tailler la route, en rase campagne. Elle n’ignorait pas que dès qu’elle aurait le dos tourné, les langues de vipères feraient ni une ni deux pour se déchaîner sur sa dépouille et la tailler en pièce avec férocité.

 

Au mieux, elle se ferait juste traiter de doux noms d’oiseaux, au pire, les harpies lanceraient à son sujet des rumeurs malfaisantes… Comme quoi, par exemple, faute d’avoir su trouver un homme pour réchauffer son lit, elle passait ses nuits blanches à travailler au noir.

 

Devant tant d’ostracisme et de méchanceté gratuite, Mélanie s’efforçait de garder son sang froid, de ne pas perdre pied. Et s’obligeait, jour après jour, comme si de rien n’était, à venir boire son café en compagnie des pimbêches qui travaillaient à son étage.

 

Mamido, 19 Décembre 2012

Publié dans Bricoleurs de mots

Commenter cet article