Les vies antérieures.

Publié le par mamido55

Texte écrit au sein de l'atelier des "Bricoleurs de mots" sur la thématique des vies antérieures.

 

Une étrange conférence.

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Noellie est en retard, comme toujours. La conférence sera commencée et elle devra supporter la réprobation muette de l’assemblée face à son irruption. Elle n’arrive jamais à être à l’heure, elle ne sait pas comment elle se débrouille.

 

Elle déboule dans le couloir, juste au moment où la porte de la salle va se refermer. Elle se faufile sous le regard sévère d’un homme en complet gris, à la cravate aussi bleue que ses yeux.

 

Tout de suite une image fugitive s’impose. Elle a déjà croisé ce regard froid et sévère derrière une porte entr’ouverte… Troublée, elle s’installe au fond de la salle pour écouter sans trop se faire remarquer.

Son trouble augmente lorsqu’elle s’aperçoit que le conférencier, c’est lui, l’homme au complet gris. C’est malin, elle aura du mal à suivre maintenant qu’elle cherche où elle peut bien l’avoir rencontré !

 

Les yeux fermés, elle s’attache au décor de son souvenir : une énorme porte en bois avec un anneau de fer en guise de heurtoir. Elle frappe, elle est anxieuse, elle regarde derrière elle, comme si elle était poursuivie. L’homme au visage sévère lui ouvre, d’une voix grave, il déclare : « Entrez ma fille, ici vous êtes en sécurité, personne ne viendra vous chercher ! »

Elle le suit, il ne porte pas complet gris mais robe de bure, la tonsure dans ses cheveux…

 

« Durant cette période troublée de la Commune, beaucoup de communards échappèrent au bagne en trouvant refuge dans des abbayes ou des couvents où ils restèrent cachés avant de pouvoir s’exiler en Angleterre ou au Danemark… » La voix métallique du conférencier vient interrompre sa rêverie tout en  semblant y apporter une explication, en contrepoint.

 

Noellie lève les yeux pour à nouveau croiser ce regard intense, fixé sur elle. Le conférencier interrompt un instant son propos, pour boire un verre d’eau, mais il ne la lâche pas des yeux.

 

A nouveau cette impression bizarre de déjà vécu.

L’homme au regard bleu boit dans un gobelet de fer. Il est vêtu de cuir et porte cape et chapeau à large bord. Il lui passe le gobelet et reprend son bâton et son sac auquel est accroché une coquille St Jacques.

« Suivez moi, Dame Isabeau, le chemin est encore long ! »

 

 … « Pour sauver l’âme et la vie de son époux condamné par Louis XI, Dame Isabeau De Montferré accomplit à pied le voyage de Paris jusqu’à Compostelle… »  poursuit le conférencier…

 

Lorsqu’elle lève le nez de son programme, Noellie croise à nouveau le regard bleu. Il est vrillé sur elle.

« Mon Dieu, qu’est-ce qu’il se passe ?! » A chaque réminiscence de sa part, les explications du conférencier viennent lui répondre en écho.

 

Dès la fin de l’exposé, Noellie se lève pour partir. Elle est tellement mal à l’aise. Mais l’affluence la retient coincée au fond de la salle. Elle ne peut s’échapper.

 

Comme à son arrivée, le conférencier est à la porte. Il semble l’attendre. Il tient un livre à la main. «  Veuillez m’excuser, mademoiselle. Mon attention à votre égard a du vous sembler bien déplacée. Je tiens à vous en donner l’explication : toutes les femmes dont j’ai parlé dans ma conférence se ressemblent beaucoup et vous-même… »

Il n’en dit pas plus et tend à Noellie le livre où se trouvent leurs portraits. Leur ressemblance entre elles… et avec elle est en effet saisissante.

 

Comment lui dire que toutes leurs vies, il lui semble les avoir vécues, comment lui expliquer également que le plus troublant, c’est que dans chacune d’elle, à chaque fois,  il était présent à ses côtés également ?

 

Mamido, le 3 Avril 2013.

Publié dans Bricoleurs de mots

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