Les oranges

Publié le par mamido55

Texte s'inspirant de la photo de Romaric Cazeaux publiée par Leiloona pour "Une photo, quelques mots" n°49

 

Les oranges.

orange.jpg

Avant d’aller en voyage de noces à Sorrente, Marianne n’avait jamais vu d’orangers ni d’oranges poussant directement sur les arbres. Et là, dans cette petite station balnéaire de la côte amalfitaine, la moindre allée était bordée d’orangers et à chaque coin de rue fleurissaient les étals des marchands d’oranges ainsi que ceux des vendeurs du jus de ce fruit savoureux.

 

Elle s’était étonnée de découvrir une telle diversité dans la couleur, la grosseur et même dans la texture de la peau de cet agrume qu’elle n’avait rencontré jusque là que bien calibré sur les rayons des supermarchés.

 

Depuis qu’ils étaient arrivés, Christophe et elle se gavaient de ce fruit. Ils n’en avaient jamais mangé de meilleurs. C’est qu’ici, il était vendu un prix dérisoire, sans colorant ni conservateur, à pleine maturité et gorgé de la chaleur et du soleil du Sud de l’Italie.

 

Chaque fin d’après-midi, le jeune couple revenait à la plage et arrivé dans la petite rue qui menait à leur hôtel, après avoir sué sang et eau dans la rude pente qui remontait du ponton privé de celui-ci, ils s’achetaient quelques oranges. Ils s’en régalaient lors de la soirée et durant le cours de la nuit dont ils passaient la majeure partie, affalés sur des transats, sur la terrasse de leur chambre, écrasés par la chaleur étouffante qui régnait.

 

Un jour, à la plage, le jeune couple se querella. C’était leur première vraie dispute. Marianne n’aimait pas que Christophe nage droit face au large jusqu’à ne devenir qu’un tout petit point à l’horizon pour la jeune femme.

« - Si tu prends une crampe ou un malaise, tu seras mort le temps qu’on s’en aperçoive et qu’on vienne à ton secours ! » répétait jour après jour Marianne à son mari, avant qu’il ne se mette à l’eau, « … tu peux bien nager le long du rivage, tu feras autant de distance et sans danger ! »

 

Mais cette inquiétude, même si elle le flattait venant de sa jeune épouse amoureuse, faisait rire Christophe. Il se moquait gentiment de Marianne avant de plonger et de tracer son sillon… droit au large pendant que celle-ci s’usait les yeux à le surveiller, le cœur plein d’angoisse, tout le temps où il nageait au loin.

 

Cet après-midi là n’avait pas dérogé à la règle et voyait Marianne suivre des yeux avec de plus en plus de difficulté la petite silhouette de son mari qui allait en s’amenuisant vers l’horizon.

Tout d’un coup, elle en eut assez. Elle se dit qu’elle ne voulait plus passer la moitié de son temps à la plage, debout sur le bord du ponton, à scruter la mer, la main en visière sur ses yeux plissés et la crainte au ventre au lieu de profiter du soleil sur son transat en toute insouciance, plongée dans un bon roman. Résolument, elle plia toutes leurs affaires, ne laissant à Christophe que sa serviette et ses vêtements et elle remonta seule le rude sentier creusé à même la falaise, l’abandonnant aux bras des vagues. Quoi qu’il advienne, elle ne serait pas là pour le voir.

 

Elle déboucha sur la petite rue menant à leur hôtel, hors d’haleine, complètement désorientée par la colère et les idées noires qui avaient agité son esprit durant toute sa remontée. Elle fut cueillie par le vendeur habituel qui lui proposait ses oranges. Le cœur au désespoir et rongé par l’inquiétude et le remord, elle en acheta cependant quatre qu’elle ramena pliées dans leur épais sachet de papier.

 

Elle sortait de la douche, en pleurs, quand Christophe rentra dans la chambre. Un peu penaud, il tenait à la main un sachet identique à celui de Marianne.

 

Alors qu’ils se précipitaient dans les bras l’un de l’autre et s’écroulaient sur le lit, Christophe lâcha son sachet qui se déchirât, laissant échapper trois magnifiques oranges. Elles roulèrent sur le sol de la chambre sans que, sur le moment,  personne dans celle-ci ne s’en soucie.

 

Mamido, le 21 Septembre 2012

Commenter cet article

Leiloona 26/09/2012 16:54

Comme Valentyne ! :))

Je visualise très bien la scène ! :P

Valentyne 24/09/2012 22:39

Ah la première dispute ....heureusement qu' il y a réconciliation sur l'oreiller :-)

Cardamone 24/09/2012 13:27

Mmmm il donne envie d'un bon jus d'orange pressée ton texte! Belle progression, belle évocation de la vie comme elle va, ses petits bonheurs, ses petites angoisses, les brouilles grâce auxquelles
on connaît le plaisir des réconciliations! - J'aime particulièrement la fin!