Le parapluie des manifs.

Publié le par mamido55

D'après un sujet de "mil et une" en regardant la photographie du parapluie. 


Le parapluie des manifs 


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Jean, cinquante ans, enseignant, n’avait pas raté beaucoup de manifs tout au long de sa carrière. Il en avait arpenté du pavé pour…, et crié des slogans contre…

Combien de fois s’était-il levé au petit matin, le mercredi ou le dimanche, pour monter dans d’improbables bus ou autres trains inconfortables qui le menaient, avec d’autres militants de son espèce, sur les lieux où se déroulaient les manifs.

 

Le plus souvent, à Lyon capitale de sa région ou à Paris, La capitale.

Mais aussi pour des destinations encore plus improbables que ses moyens de transport.

Une fois, ils avaient tourné, à cent mille, dans la petite ville de Loudun. Quel bazar ! Une autre fois, à Yssingeaux, minuscule bourg dans la Haute-Loire où les cars les avaient déposés par milliers dans une immense prairie, qui, en raison de leurs nombreux piétinements, s’était très rapidement transformé en un bourbier innommable. L’une des filles qui manifestait avec lui y avait même perdu une chaussure. Il avait fallu l’aider à revenir jusqu’au car, un pied nu…  Elle pestait en regrettant sa godasse embourbée mais, bon sang, quelle rigolade !!!

 

Tout ça pour dire que le  parapluie, dans ce genre d’évènement, peut se révéler être un accessoire souvent indispensable. En effet, Jean ne comptait plus le nombre de manifs effectuées sous une pluie battante, et même, il pensait que, sans doute, il lui serait plus aisé de comptabiliser celles où il n’avait pas plu !

 

Un jour, en se promenant au Perthus, pendant des vacances de printemps, il aperçut, dans le présentoir d’un des magasins à touriste, LE parapluie parfait pour les manifs. Immense une fois déployé, il lui procurerait une belle surface d’abri et ses superbes couleurs en tranche mettraient de la gaité dans le cortège.  Il permettrait à sa femme et à ses amis de le repérer de loin au cas où il s’égarerait.

 

Il se voyait déjà, effectuant la chorégraphie inventée lors d’une manif en 86, trois pas en avant, un saut en levant bien haut le parapluie et criant bien fort un slogan. Il souriait en repensant à celui de l’époque qui promettait à un ministre de sauter plus haut qu’un autre de ses confrères. En attendant, quel effet il ferait avec son grand et magnifique accessoire si l’occasion se représentait !

 

Il acheta donc le parapluie, le ramena chez lui et le présenta à la famille rassemblée pour le faire admirer.

Sa fille émit un petit rire condescendant et moqueur : « Tu sais ce que tu as acheté, là, papa ? C’est le parapluie de la gay pride ! »

S’ensuivit un silence songeur de la part de son père.

A quoi s’attendait la donzelle ? Certainement, pensait-elle voir son paternel, cet homme si conventionnel à ses yeux d’adolescente, jeter au loin, l’air dégouté, un objet symbole de ce qu’il n’était pas…

 

… « Non, je ne le savais pas » répondit tranquillement Jean à sa fille. « Mais, finalement, sans m’en douter, j’ai trouvé tout à fait ce qu’il me fallait. Ce sera l’accessoire parfait pour m’aider à revendiquer fièrement mes convictions dans les manifs. Et puis, tu ne t’en rends peut-être pas compte mais, je suis plutôt joyeux comme mec ! »

 

Mamido, Octobre 2011

Publié dans Mil et une

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