Le bureau des écritures

Publié le par mamido55

En réponse à "En vos mots" n° 267 avec le tableau deCarl Spitzweg pour inspiration.

 

Le bureau des écritures.

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Monsieur Lebranchu est employé aux écritures dans l’étude de Maître Dubedoux depuis plus de vingt ans. On ne travaille pas aussi longtemps au même poste, dans le même endroit sans que ne se créent de petites habitudes.

 

Ainsi, Monsieur Lebranchu arrive-t-il tous les matins à sept heures trente précises, soit une bonne demi-heure avant tout le personnel de l’étude. Il se met au travail aussitôt, ne levant la tête que pour saluer ses collègues, d’un bref hochement de tête lorsqu’ils franchissent à leur tour le seuil de l’étude à huit heures.

 

Mais en contrepartie, Monsieur Lebranchu fait une pause à dix heures trente. Il se dégourdit tout d’abord les jambes en faisant quelques allers-retours entre son bureau et la fenêtre la plus proche puis se poste près de celle-ci afin de regarder la rue et d’y guetter le passage de Mademoiselle Angèle, employée à la blanchisserie d’en face. Dix heures trente est l’heure où elle sort pour livrer un linge bien propre et repassé à la clientèle bourgeoise du quartier.

 

Mais depuis une semaine, les habitudes de Monsieur Lebranchu sont perturbées. Madame Dubedoux, qui n’avait jamais mis les pieds à l’étude auparavant, y a fait il y a quinze jours une visite inopinée à son époux et a trouvé que celle-ci manquait de décoration. Elle a donc fait livrer quelques plantes qui ornent désormais l’entrée et le bureau de Maître Dubedoux.

 

Pour le bureau des écritures, elle a demandé quelque chose de robuste et nécessitant peu d’entretien. On lui a proposé des cactus qu’elle a aussitôt fait installer sur le rebord des deux fenêtres. Leurs piquants tiennent désormais Monsieur Lebranchu à une distance respectable, le privant ainsi de sa contemplation quotidienne. Il s’en trouve donc réduit à surveiller l’état de santé de ces maudites plantes espérant sans rien dire que celles-ci vont péricliter. Enfin, pas toutes, peut-être… Mais quelques-unes… Au moins cette grande là qui donne des signes de faiblesses…

 

Le regard faussement apitoyé mais plein d’espoir, Monsieur Lebranchu accompagne la plante dans sa décrépitude d’un geste de la tête éloquent, sous l’œil amusé de ses collègues. Il lui vient des idées criminelles. Il se dit que demain, de bonne heure, muni d’une solide paire de gants, il pourrait d’une bonne pichenette, précipiter la chute de l’embarrassante épineuse. Puis il sursaute, effaré qu’il puisse lui venir de si mauvaises pensées et après un regard furtif et honteux en direction de ses collègues, il se remet rapidement au travail.

 

Mamido, le 25 Mai 2012 à St Martin de Valamas.

Publié dans En vos mots

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Lilou 04/06/2012 11:36

pas facile de déclarer sa flamme...
Il peut essayer l'eau salée les cactus n'aiment pas du tout.
à tantôt
avec le sourire