Grand-mère et petite fille.

Publié le par mamido55

Ce texte est écrit à partir d'une photo de Romaric Cazeaux lors d'une séance avec les "Bricoleurs de mots".

Qu'est-ce que ça peut faire?

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                                 Photo de Romaric Cazeaux

 

Regardez cette petite fille. C’est la mienne… Cela vous étonne ? Je vous avouerai  que j’ai un peu de mal à m’y faire moi aussi. Je la vois si peu souvent et elle si différente de tous les enfants que j’ai pu côtoyer jusqu’ici !

 

Elle est rousse. Dans la famille, plus bruns que nous tu meurs. Bien sûr on ne le dirait pas lorsqu’on me regarde. Il y a fort longtemps que la neige a recouvert ma chevelure d’ébène.

 

Elle est frisée comme un agneau. Chez nous, les cheveux sont lisses et raides. Petite, mon père me surnommait « sa petite chinoise », c’est peu dire. Et ma fille, le mère de la petite, avec sa coupe au carré et sa frange où pas un cheveu ne bouge, a l’air d’une guerrière coiffée d’un casque d’or noir, brillant et moiré comme de la soie.

 

Les joues rondes, les bras potelés, les taches de rousseur, les yeux à la lumineuse clarté verte des eaux d’un lac. Tout ça m’est étranger. Mes enfants étaient bruns comme des pruneaux, fins, secs, presque maigres, et leurs yeux d’une noirceur profonde.

 

La petite babille et me raconte sa vie, nullement dérangée par mon regard inquisiteur.

Elle rit aux éclats, et je ris avec elle.

 

Ma main caresse son bras potelé. Une tendresse confondante, la douceur du satin, le duveteux de la pêche. Je ne peux m’empêcher de l’attirer contre moi et de la pétrir comme du bon pain. Mes lèvres se perdent dans son cou dodu. Elle se laisse faire avec la complaisance d’un chaton.

« - Mamie, je t’aime ! » dit-elle, la voix étouffée sous mes baisers.

 

Mon cœur fond, mes doigts s’entrelacent dans sa chevelure emmêlée.

Elle pousse un petit cri : « - Aïe, ça tire Mamie ! »

Jamais aucun de mes enfants ne m’a dit cela ! Je réfléchis également que je ne les ai jamais beaucoup peigné. Leurs cheveux lourds et lisses se remettaient en place tout seul après le shampoing. Le peigne, c’était juste pour les faire briller d’avantage, jamais pour les démêler.

Jean l’aîné se vante encore de ne pas en posséder.

« -J’ai mes doigts, ça suffit ! » proclame-t-il.

 

Soudain, une voix se fait entendre.

« - Et bien, qui est-ce que je surprends en pleine séance de câlins ? C’est que je suis jaloux, moi… »

 

Et le père saisit sa fille, la soulève à bouts de bras et la fait tournoyer dans les airs.

En les regardant tous les deux ensemble, je comprends tout de suite à qui mon rayon de miel a emprunté cette allure qui me déroute tant et me séduit plus encore.

 

La petite roucoule, elle est aux anges, familière et complice, semble-t-il, du jeu paternel.

« -Oh yes, Dad ! Higher, please, higher ! » implore-t-elle d’une voix stridente.

Je m’inquiète : « - Sean, soyez prudent, n’allez pas la lâcher ! »

« - Don’t worry, Mum !!! » me répond mon gendre irlandais.

 

 

Le titre de mon texte est une phrase extraite de « La ballade irlandaise » chantée par Bourvil dans les années 50/60. http://www.youtube.com/watch?v=ncdtpqBfKRc

 

Mamido, le 29 Juillet 2012

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