Florilège de l'été (1)

Publié le par mamido55

 

Mon esprit est en vacances, je manque d'inspiration... Pour ne pas laisser le silence s'installer en vain, je vous propose un texte écrit dans le courant de l'hiver, avec les "bricoleurs de mots". Le thème d'écriture était les quatre éléments.

 

La ronde des éléments.

plage-bretonne.jpg

Elle était née sous le signe de l’eau. La mer avait bercé ses jeux et l’avait regardé courir sur la plage, jupe plissée et nattes au vent. Au soir, elle rentrait fourbue, du sable plein les chaussures mais toujours prête à repartir, emmitouflée dans son ciré, sur les épaules de son père afin de regarder l’océan déposer sur la grève son écume d’argent.

« - Dis, papa, emmène-moi voir la mer qui fait du savon » avait-elle dit l’une des premières fois.

 

Le mot d’enfant était resté dans les souvenirs familiaux mais ils avaient quitté leur Bretagne natale pour s’en aller loin dans les terres, au centre de la France, au pied des vieux volcans éteints, près de Clermont-Ferrand. Là, son père travaillait en usine. Il y pratiquait la vulcanisation, profession s’accordant tout à fait au vieux territoire qu’ils habitaient désormais.

 

Léa aimait les études et celles-ci le lui rendaient bien. A dix-huit ans, elle réussit le concours de l’Ecole Normale et deux ans plus tard, fut nommée dans un petit village de montagne, tout près du ciel et en plein vent. La neige accompagnait ses journées les trois quart de l’année, la bloquant sur cette terre, pour elle, inhabituelle. D’Octobre à Avril, le village vivait replié sur lui-même, toutes les routes menant jusqu’à lui étant impraticables.


 

Il régnait parmi les habitants une solidarité exemplaire et les autochtones avaient adopté et pris en charge la jeune institutrice sans se poser de questions.

On lui fournissait légumes, œufs et viande en abondance ainsi que du bois pour se chauffer. C’est même ainsi qu’elle fit connaissance avec celui qui allait devenir son époux. Il avait été chargé d’amener les bûches et, chaque matin, d’allumer le poêle de sa classe. En ces temps-là, on savait comment donner un coup de pouce au destin, mine de rien, afin de faciliter les rencontres et les unions.

 

Avec Thibaut, Léa redécouvrit les joies des courses dans le vent mais cette fois-ci, au sommet des collines, après une ascension, main dans la main, par des sentiers escarpés.

Passèrent quelques années de bonheur tranquille, dans leurs montagnes avec la naissance d’une petite fille, Elise, fille du vent et des collines. Chaque soir, celle-ci s’en allait, sur les épaules de son père, voir la neige poudrer et « sibérer », poussée par une bise glaciale.

 

Jusqu’à ce que les bizarreries d’un héritage les ramènent en Bretagne pour y cultiver la terre fertile d’un ancêtre de Léa…

 

Mamido, Avril 2012

Publié dans Bricoleurs de mots

Commenter cet article