Florilège de l'été (4)

Publié le par mamido55

Après les sens, les éléments voici les planètes! Texte écrit en réponse à une consigne des "Impromptus littéraires".

 

Coquillages et crustacées.

brigitte bardot

Elle avait prétendu s’appeler Vénus et était toujours restée très évasive à propos de ses origines.

Saturne, réputé pour accueillir dans son établissement les plus riches et les plus influents comme les modestes et les sans grades, avait procuré à Vénus le gîte, le couvert et un travail de serveuse, sans plus lui poser d’autres questions.

Et bientôt ce fut comme si elle avait toujours été là.

 

Tous les hommes de la petite cité méditerranéenne se rappelaient l’avoir vue surgir de la mer alors qu’ils étaient attablés à la terrasse de « L’Age d’Or », le bistrot de Saturne, situé sur le port. 

Un instant, elle leur avait paru flotter sur les eaux… Certains évoquaient une sorte de planche de surf, en forme de coquillage… Pour disparaître brusquement sous la vague, avant de rejaillir, sous leurs yeux ébahis, dans une gerbe d’écume, sa peau nue irisée de mille gouttelettes d’eau, comme revêtue d’une cape d’or, dans le soleil couchant.

 

Bien que, dès le premier jour, le jeune Mercure lui ait offert une ravissante robe, aux carreaux vichy roses, dérobée pour elle sur le marché, Vénus ne la portait guère que durant son service à l’auberge, agrémentée du minuscule tablier blanc au volant froufroutant, fourni par Saturne.

Le reste du temps, que ce soit dans sa chambrette ou sur la plage de la Madrague où elle passait le plus clair de son temps libre, elle vivait nue, attirant tous les clients de l’auberge, qui en étaient fous.

 

En femme indépendante, elle les avait à peu près tous pris successivement pour amants.

Il y avait d’abord eu les trois fils de Saturne.

Jupiter, maire du village, avait usé et abusé, un temps, de son prestige de premier magistrat.

Assez vite,  la belle s’était lassée pour tomber dans les bras de Pluton, qui exerçait une charge de juge, à Marseille. Mais les absences répétées de celui-ci et ses fréquentations douteuses au sein du milieu de la cité phocéenne avaient refroidi Vénus qui s’était réfugiée auprès de Neptune, capitaine du « Poséidon », bateau avec lequel il transportait les touristes à la belle saison et pêchait la sardine le reste du temps.

 

Elle avait également, pendant une courte période, fréquenté Uranus qui pilotait l’ULM et sa banderole publicitaire, au-dessus des plages, l’été.

 

Mais lorsque Mars avait débarqué dans le troquet de Saturne, sanglé dans son bel uniforme de lieutenant et auréolé du prestige de sa campagne en Afghanistan, elle s’en était amourachée et ne désirait, pour l’instant, nul autre que lui.

 

Avec chacun d’eux, dans une moue qui pouvait passer pour du mépris mais qui, en fait, ne relevait que d’un profond ennui, elle entamait, après l’amour, un dialogue narcissique, uniquement destiné à la rassurer au sujet de son pouvoir de séduction.

« -…Tu le vois mon derrière, dans la glace ?

-Oui.

- Tu les trouves jolies, mes fesses ?

-Oui, très… »*

 

Et tous, sans exception, se laissaient envelopper par cette mutine mélopée qui leur faisait croire, un instant, qu’elle était toute à eux et qu’ils étaient tout pour elle.

Mais il n’en était rien, Vénus ne semblant exister sur cette terre que pour éprouver le plaisir, fugitif, de séduire encore et toujours.

 

 

* Extrait d’un dialogue du film « Le mépris » de JL Godard.

 

Mamido, Avril 2012

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