Dans la lumière de l'automne.

Publié le par mamido55

Texte écrit lors de l'atelier d'écriture des "Bricoleurs de mots" du 31/11. Première et dernière phrase imposées et une contrainte de temps (trente minutes), pour rédiger.

 

Un géant, dans la lumière de l'automne.

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L’arbre est devant la maison, un géant dans la lumière de l’automne. L’été, son ombre monumentale rafraîchit la maison et assombrit le jardin.

 

Notre mère se plaint, elle ne peut faire pousser aucune fleur. Elle supplie mon père de le faire élaguer. Ulcérée par son manque de réaction, elle fulmine : un jour, à l’occasion d’un de ses nombreux déplacements, elle fera venir un bûcheron et à son retour notre père retrouvera son arbre réduit à l’état de rondins !

L’œil de notre père se fait alors dur et noir, il gronde et tempête, le geste menaçant : qu’elle ne s’avise pas à pareil sacrilège sinon… Il ne dit jamais la suite mais son ton est si glacial qu’on ne peut qu’imaginer, pour notre mère, les pires châtiments.

 

Des coups ? Non, notre père est certes colérique mais jamais violent.  Et quand bien même, notre mère, toute petite et frêle qu’elle est, se défendrait bec et ongle et c’est notre père qui finirait par avoir le dessous…

 

Lui couper les vivres, peut-être ? A moins que notre confort ne soit plus assuré, elle s’en moquerait complètement. Elle ne dépense pratiquement rien pour elle. Ni toilette, ni bijoux. Elle dégote ses vêtements dans les braderies et ne porte à son cou qu’une croix huguenote qui lui vient de notre grand-mère.

 

Le divorce, alors ?! C’est ce qui nous effraie le plus, nous les enfants. Etre jetés sur les routes avec elle. Ne plus voir notre père que le Dimanche. Ne plus habiter ici, dans cette maison, notre maison. Parce qu’elle, nous en somme certains, n’en éprouverait ni crainte ni regret. Elle tournerait le dos à notre ancienne vie sans état d’âme, du jour au lendemain et partirait sans un regard en arrière pour nous en fabriquer une nouvelle.

 

« - Comment le sais-tu ? » souffle ma petite sœur, dont les yeux papillonnent d’effroi.

« - Parce qu’elle me l’a dit, pardi ! »

« - Comment cela ? » hoquette Sarah.

« - Oui, parfaitement, un jour elle m’a dit : si un jour ton père doit me quitter ou disparaître, j’espère –non, je suis sûre- que mon cœur tiendra, sans craquelures. »

 

Mamido, 31 Octobre 2012

Publié dans Bricoleurs de mots

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