Bianca, oh Bianca!

Publié le par mamido55

Texte écrit en regardant la photo de Romaric Cazaux proposée par Leïloona pour "une photo, quelques mots" n°80.

Bianca, oh Bianca!

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Depuis toujours, Bianca n’est rien.

 

Rien d’autre que cette ombre besogneuse qui, à longueur de soirée, brique le plancher ciré du studio de danse. Tout en observant les danseurs initiés par ses parents aux pas compliqués du mambo et de la salsa, du tango et de la samba, de la valse et du cha-cha.

La vedette, c’est sa sœur Gloria. Flamboyante Gloria dont la fougue et la sensualité illumine le plancher ciré.

A elle les trophées. A elle, la cour sans cesse renouvelée des séduisants cavaliers qui se pressent et font la queue pour l’inviter à danser.

 

Depuis toujours, Bianca n’est rien.

 

Rien d’autre que cette petite main cousant minutieusement, à points invisibles, les merveilleuses créations de sa sœur Lucia, dans l’atelier de couture situé au rez-de-chaussée de la salle de danse.

Robes de gala, robes de soirée, robes de cérémonie et robes de bal pour les riches élégantes de la ville… Et pour Gloria également, afin qu’elle fasse flamber le parquet ciré de la salle des fêtes, lors des concours de danse, le samedi soir.

Lucia est la reine des couturières. Les femmes se pressent dans son atelier, elles y font la queue afin de pouvoir acheter et porter l’une de ses somptueuses créations.

 

Le temps passe et toujours personne ne porte attention à Bianca, la benjamine des sœurs Petrès.

Elle n’est rien d’autre que cette ombre besogneuse qui coud le jour dans l’atelier de Lucia et qui, en fin d’après-midi, grimpe à l’étage pour cirer le plancher sous les pas de Gloria et des autres danseurs.

 

Pourtant, chaque nuit, quand tout le monde est endormi, Bianca danse.

Devant le miroir de la salle, là-haut.

Pas besoin de musique. Elle a tous les refrains des disques de son père plein la tête.

Elle se les répète, inlassablement, tandis qu’elle exécute toutes les figures compliquées du mambo et de la salsa, du tango et de la samba, de la valse et du cha-cha.

Elle les connaît toutes par cœur et les enchaîne avec bonheur. 

 

Quand elle a assez dansé, Bianca coud, dans l’atelier, juste en dessous.

Une robe à sa façon, sans paillettes ni frous-frous.

Elle assemble avec goût les étoffes et les colifichets rejetés par sa sœur : « trop simple… trop terne… trop strict… pas assez brillant… pas assez clinquant… »

Bianca se coud une robe d’exception dont la coupe sobre et raffinée, tel un écrin, mettra en valeur sa candide et virginale beauté.

 

Le samedi suivant, pour le concours de danse, une splendide inconnue débarque, éclipsant toutes les autres concurrentes, y compris la somptueuse Gloria qui, pour un temps, en perd de sa superbe et rate tous ses enchaînements.

Tandis que Lucia, se demande avec anxiété, où se trouve la couturière capable de concevoir une robe d’une si audacieuse originalité, Gloria paierait cher pour savoir qui a si bien appris à danser à celle qui la porte.

 

Mais hélas, il leur est impossible d’approcher la belle inconnue pour l’interroger car autour de celle-ci se presse une cour sans cesse renouvelée de séduisants cavaliers qui font la queue pour l’inviter à danser.  

 

Mamido, le 16 Mai 2013

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lucie 21/05/2013 08:56

coup de coeur pour ton texte aux allures de conte, merci !!!

Cardamone 20/05/2013 23:20

J'adore, ça me fait rêver comme une petite fille! Merci!

Leiloona 20/05/2013 22:04

Une histoire touchante encore une fois.

Jean-Charles 20/05/2013 18:27

"Elle danse Bianca elle danse, elle adore quand ça balance ..."
Joli texte

Cess 20/05/2013 11:54

Superbe texte que ce cendrillon revisité !
Vive Bianca ! :-)

Yosha 20/05/2013 09:24

Très beau personnage et belle histoire cette Cendrillon des temps modernes !

stéphanie 19/05/2013 14:27

Quelle jolie histoire, une vraie cendrillon!