Au bar des amis.

Publié le par mamido55

Un texte écrit pour "Une photo, quelques mots" n° 65, en regardant la photo de Kot proposée par Leïloona la semaine dernière.

Au bar des amis.

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Ils se retrouvaient tous là chaque Samedi à partir de midi. Le rendez-vous était tacite et pourtant aucun d’entre eux ne l’aurait raté, pour rien au monde. Même Jules qui s’était engagé dans l’armée au sortir du lycée profitait de la moindre permission pour participer à cette rencontre.

 

Ils avaient leurs habitudes : la même table, les mêmes places autour… Leurs rituels : le salut à Marinette, la patronne puis aux habitués dès leur entrée dans le bar. Ensuite seulement ils regagnaient la table dont ils faisaient le tour pour de cérémoniales et bruyantes embrassades avant de finir, enfin, par s’asseoir à leur place.

 

Ce n’est que lorsque la bande était au complet ou lorsque la grosse pendule au-dessus du comptoir annonçait midi et demi qu’ils passaient commande. Là encore, même si cela se passait dans le plus grand des chahuts, chacun prenait la même boisson depuis des lustres : Pastis pour Bruno, Jules et Kiki, Kirs pour Claudine, René et Annie, deux doigts de whisky pour Louis qui, chaque fois, montrait ceux-ci à la serveuse, plantés verticalement sur la table ce qui faisait s’exclamer les autres : « - Ah, ce Louis ! T’en a pas marre de ta plaisanterie ? Elle est un peu éculée depuis le temps !!! »

 

Seule, Marie variait dans le choix de ses consommations. En fonction de la mode, de ce qu’elle avait lu dans les magazines, entendu à la radio ou vu à la télé… Elle sortait à la serveuse abasourdie un cocktail au nom à coucher dehors … Sunrise, Zombie, Barbabule, Américano… Ce qui obligeait la pauvre fille à lui faire répéter tout en jetant des œillades désespérées à Marinette hilare derrière son comptoir.

Marie se lançait alors dans des explications sur les ingrédients et les proportions de ce nouveau breuvage en levant au ciel ses jolis yeux au maquillage charbonneux d’un air de dire : « - Mais où ai-je donc atterri ?! ». Elle qui n’était pratiquement jamais sortie de la petite ville où ils habitaient tous.

 

Autour de la table, les potins s’échangeaient en aparté… ou à la cantonade. Ainsi, tout le bar en profitait et l’on pouvait être certain qu’avant le soir, l’ensemble des habitants du patelin serait au courant.

Autour de cette table, ils avaient également refait le monde. Plusieurs fois. A la convenance du moment qu’ils vivaient.

 

Puis peu à peu, certains manqueraient le rendez-vous. Leurs rituelles retrouvailles s’effilocheraient, se raréfieraient à l’occasion des aléas de la vie. Les mariages, les naissances, les mutations se chargeraient de disperser à jamais leur petite bande.

 

Ce qui ne ferait pas pour autant péricliter le commerce de Marinette.

Car tout de suite, quelques ados boutonneux, cantonnés jusqu’ici dans un coin sombre et reculé du bar, viendraient prendre leur place. Leur attitude timide et réservée s’effacerait au moment où ils s’arrogeraient la table, jusqu’alors tant convoitée de leurs aînés. Ils s’approprieraient l’endroit sans vergogne, avec une certaine arrogance même. Et ils le feraient leur, instituant leur propres codes, leurs propres rituels… pour quelques années… sous l’œil amusé des habitués qui en avaient vu bien d’autres.

 

Mamido, le 16 Janvier 2013

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stéphanie 19/01/2013 11:15

joli texte, le rendez vous des copains, les petites habitudes de chacun qui font le bonheur de tous

Yosha 18/01/2013 21:22

Ah oui... la vie qui se charge de disperser ces bandes d'amis... Un constat pas si nostalgique finalement !