L'aventure, c'est l'aventure...

Publié le par mamido55

L'aventure, c'est l'aventure...

C'était le titre du thème d'écriture ce Samedi matin-là, lors l'atelier des quatre vents. Il fallait tisser une histoire avec des éléments que l'on nous avait fournis: deux personnages, Uriel et Euxane, l'île de la terre du levant, une civilisation en proie à la révolte, un foulard mauve, un vieux manuscrit, une lame, un miroir, la coque du levant ou Amamirta cocculus, une pluie dense, un ocarina. Alors, en avant pour l'aventure!

Il y a fort, fort longtemps, aux temps obscurs des âges lointains, ce qui restait de la civilisation s’était réfugié sur l’île du Levant.
 
Ailleurs, le monde n’était qu’un champ de ruines, rendu inaccessible et invivable. En cause ? L’avidité et la folie des responsables du peuple debout. Uriel, le grand Uriel avait alors entrainé son clan dans une longue marche fuyant le feu, les gaz mortels, les armes et les bombes qui avaient peu à peu détruit ce qui restait de leur civilisation, jadis prospère. L’air était irrespirable, les eaux imbuvables, les animaux et les récoltes contaminés par les poisons que répandaient les ailes volantes. De nombreux membres du clan, les plus faibles, trouvèrent la mort durant ce grand voyage. Seule une poignée put être sauvée car Uriel découvrit, après des jours d’errance, un bateau abandonné au large d’un ancien port de la mer bleue.
 
A bord de plusieurs barques de pêche, les survivants gagnèrent l’immense navire. C’était un bateau de trois étages avec des centaines de cabines, plusieurs piscines, un terrain de jeu, une salle de spectacle. Dans les soutes et les frigos, de la nourriture et de l’eau potable, en abondance. La belle et fière Euxane, qui avait été une scientifique de renom dans le monde d’avant, procéda à des analyses. Pas de contamination.
 
Lorsque l’ancien monde s’était détraqué, le bateau s’apprêtait à embarquer de riches passagers pour un voyage festif. Il devint l’arche du clan d’Uriel. Ils embarquèrent. Des mesures furent prises pour rationner l’eau, la nourriture. Il fallait pouvoir naviguer le plus longtemps possible afin de trouver un rivage hospitalier. Les rescapés longèrent un certain temps, sur une mer calme et bleue, des côtes où partout régnaient la mort et la désolation. Puis ils prirent le large sur un océan déchaîné sans savoir où ils allaient et même s’ils débarqueraient un jour sur une terre habitable. S’en trouverait-il seulement une pour les accueillir ? Le bateau flotterait-il suffisamment longtemps pour les y amener ?
Nul récit de ce voyage dans les manuscrits anciens. Jusqu’à récemment, dans le musée des origines, on pouvait admirer l’épave de l’arche avec inscrit sur ses immenses flancs blancs un seul mot, peint en lettres bleues : « Costa », dont nul ne connait l’origine. On peut toujours  y consulter le journal de bord du capitaine qui donne le nom de toutes les croisières effectuées par le navire avant le grand désastre : « Mozart en Méditerranée », « Croisière du Soleil » ou encore « Age tendre et tête de bois ». Mais il n’est plus personne pour pouvoir raconter ce à quoi cela correspondait.
 
Au centième jour du périple, alors que les vivres et l’eau commençaient à manquer, l’une des passagères, vêtue du grand foulard mauve des femmes du clan se mit à crier du haut du troisième pont : « Terre, terre ! » Tous les survivants se précipitèrent à l’avant pour vérifier ses dires. Et c’est alors qu’ils découvrirent pour la première fois les côtes de l’île qui allait devenir leur mère patrie. C’était au petit matin d’un jour ensoleillé. L’astre dardait de ses chauds rayons l’endroit. Et c’est ainsi que l’île prit le nom du Levant.
 
Il fut décidé que ne descendraient que deux éclaireurs afin de déterminer si l’endroit était habitable. Euxane et un autre de ses compagnons volontaire endossèrent leurs combinaisons de protection, au tissu doré. Lorsqu’ils ceignirent leurs casques, on aurait pu croire à deux magnifiques guerriers à l’armure étincelante. Ils emportaient avec eux tous le matériel scientifique en vue de prélèvements et d’analyses.
Ils disparurent trois jours durant dans les forêts luxuriantes de ce territoire, guetté avec impatience et anxiété par l’ensemble des survivants. Lorsqu’ils revinrent ils ramenaient  une eau douce et agréable à boire, des animaux à la chair tendre et appétissante ainsi qu’un fruit qui au long des siècles allait agrémenter la table des levantins dans de nombreuses recettes réalisées à partir de sa pulpe sucrée, de son écorce légèrement amère et même de l’amande croquante de son noyau, la fameuse coque du Levant (Anamirta Cocculus).
Le soir, ce fut la fête. On sortit les ocarinas, on dansa puis on quitta le navire, sans regret, pour s’enfoncer dans les forêts de l’île.
 
Pendant les années qui suivirent, les pionniers nettoyèrent, défrichèrent, aménagèrent, bâtirent. Ils élevèrent, plantèrent, chassèrent, cultivèrent, façonnèrent… La vie était rude, les lois strictes, de cela dépendait la survie du plus grand nombre. Une génération, deux, dix, cent… Le peuple vécut des périodes d’austérité et de sacrifice, un âge d’or et de prospérité puis son déclin. A vivre replié sur soi comme l’imposait la Loi, on finit par se scléroser. 
On était entré dans un dérèglement climatique, une période de longues pluies incessantes qui donna aux jeunes générations l’envie de transgresser l’interdit et d’aller voir ailleurs. Celles-ci aspiraient à l’aventure et à la découverte. Dans un vieux grimoire, les pionniers parlaient de l’ancienne terre, de la diversité de ses peuples et de ses continents. Les jeunes estimaient qu’il était temps d’entreprendre le grand voyage de retour afin de vérifier si les vieux territoires étaient de nouveau habitables.
 
Uriel, le jeune et sa jumelle Euxane étaient à la tête de la révolte. Ils entrainaient dans leur sillage d’autres exaltés. De vigoureux guerriers bien aguerris, de doux rêveurs et de purs scientifiques avides de découverte. Chaque jour, ils maniaient le sabre-laser, l’arc électronique mais aussi le bâton sonique. Ils étudiaient tous les documents qui passaient sous leurs mains et bâtissaient les projets les plus fous. Contre l’avis des anciens et malgré la réprobation générale de la population de l’île du Levant peu prête au changement.
 
C’est ainsi qu’en cachette, ils réparèrent et affrétèrent le vieux « Costa » et par une nuit sans lune prirent le large à son bord direction plein est, d’où étaient venus leurs ancêtres.
 
A ce jour, personne ne les a encore revus. China, la magicienne, ne perd pas espoir. Chaque jour, elle étale ses cartes et retourne des lames composées de vie, d’aventure, de découverte et d’avenir radieux. Régulièrement, elle consulte son miroir magique. Elle affirme que les jeunes gens sont toujours vivants, qu’ils ont accosté sur les terres anciennes. Que celles-ci regorgent d’animaux fantastiques et de fruits fabuleux. Enfin, elle annonce qu’ils vont revenir, pour les guider, sur ces terres nouvelles. Car eux n’en sont que les pionniers.
 
Mamido, le 28 Février 2015

Publié dans Quatre Vents

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