Coupe ton moteur, Joe!!!

Publié le par mamido55

Coupe ton moteur, Joe!!!

Exercice de "creative wrinting" emprunté à Matt Olbren. Traduit par François Bon et trouvé sur son site "Tiers-livres". Pour cet exercice, une voiture, le moteur tourne tout le temps de l'histoire, il ne doit jamais s'arrêter, pour le reste tout est permis.

Coupe le moteur, Joe!!!

Maurice avait passé une sale nuit aux urgences : un type lardé de sept coups de couteau qu’il avait fallu opérer et recoudre, une femme dont le mec avait pris la tête comme punching-ball. Résultat : un œil amoché, cinq dents cassées, la pommette droite enfoncée, un traumatisme crânien. Et elle qui persistait à déclarer qu’elle avait glissé dans l’escalier.

Maurice tournait et retournait dans son lit sans arriver à dormir. A cause de la chaleur, il avait ouvert la fenêtre et dans la cour, cette maudite bagnole faisait un boucan d’enfer. Depuis qu’il était sorti de sous la douche, le moteur tournait et personne ne semblait pressé de partir.

Alors qu’il avait déjà un pied hors du lit pour s’en aller protester au balcon, il entendit Fred, le voisin du dessus qui avait pris les devants :

« - Hé, y’en a qui ont bossé toute la nuit, bordel,  et qui veulent dormir en paix. Vas-t-en avec ta fichue bagnole, Joe, ou alors coupe le moteur ! »

« - Bien dit, pensa Maurice, j’aurais pas fait mieux ! »

Comme il n’avait rien à rajouter, il rentra sa jambe sous le drap et attendit que Joe obtempère. Une minute : il prenait le temps de dire au revoir à la vieille Louise sa bourgeoise. C’est qu’elle pouvait être « serinante » quelquefois avec ses recommandations à la noix. Alors qu’ils avaient quatre-vingt ans tous les deux, elle persistait à considérer Joe comme un bambin de six ans. Deux minutes : bah, le vieux Joe devait plus savoir où il avait posé ses papiers lorsqu’il était remonté… Trois minutes : Dieu seul sait où il les a fourré, ses papiers,  le vieux Joe, il perd la boule avec l’âge ! Cinq minutes : Non là, c’est trop, il se fout de notre gueule Joe à laisser tourner son moteur ainsi. En plus, les gaz d’échappement commencent à envahir tout l’immeuble. Il va tous nous intoxiquer si ça continue.

Maurice s’approcha de la fenêtre bien décidé à rajouter une couche au discours du voisin.

D’une toux rageuse, il s’éclaircissait la voix pour la préparer à résonner dans la cour à en ébranler les fondations de l’immeuble. Le vieux Joe en resterait pétrifié puis il détalerait comme un lapin à l’approche du loup, au volant de son engin, sans demander son reste.

Mais tout autour de la voiture vrombissante, il vit que l’ensemble de l’immeuble semblait s’être donné rendez-vous. Un silence quasi religieux régnait à l’écoute du prêche pétaradant du tacot du vieux Joe.

Soudain quelqu’un leva la tête et l’aperçut :

« Ah… Vous êtes là, docteur ! Je crois que vous devriez descendre. »

Maurice passa à la hâte un tee-shirt et un pantalon. Sa colère s’était éteinte et il n’avait plus sommeil.

Lorsqu’il arriva dans la cour, la foule s’écarta sur son passage. Il se pencha par la vitre ouverte du conducteur. Il était là, Joe, assis au volant. Il semblait dormir, seule sa tête faisait un angle bizarre. Par acquis de conscience, Maurice appuya deux doigts sur la carotide du vieil homme.

« - Quelqu’un pourrait-il couper ce fichu moteur ! » s’exclama-t-il.

« - On voudrait bien mais on sait pas comment faire. Joe, il la démarrait qu’à la manivelle, sa bagnole. »

Mamido, Février 2015

Publié dans Bricoleurs de mots

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