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Mercredi 22 mai 2013 3 22 /05 /Mai /2013 17:29

Pour inspiration:

Une consigne des "Impromptus littéraires". Une photo de Romaric Cazaux. Deux chansons "Envole-moi" de Goldman et "Elle dort" de Cabrel...

 

A Olivier...

 

Envole-moi.

Cazeaux-la-danse.jpg

 

Elle se souvient.

Elle est toute petite et il la prend dans ses bras. Il la soulève au-dessus de sa tête et la fait tournoyer dans les airs. Elle sent le vent dans ses cheveux et sur ses jambes nues aussi.

Le paysage autour d’eux qui tournoie, avec pour seul repère fixe le sourire éclatant de son père auquel, éperdue, elle accroche son regard.

Et cette sensation de vertige et de plénitude ! Pour la retrouver, longtemps elle réclamera à son père :

« - Envole-moi, papa, envole-moi ! »

Jusqu’à ce qu’elle ait trop grandi et qu’il ne puisse plus la soulever.

 

Elle se souvient.

Elle court dans la douce brise estivale.

A la poursuite d’une balle, d’un papillon ou d’elle ne sait quelle autre trésor.

Elle sent sur ses jambes la caresse des hautes herbes qui ondulent autour d’elle comme des flammes vertes.

Légère, elle saute par-dessus les flaques laissées par le dernier orage. Elle délaisse le portail ouvert pour bondir par-dessus la barrière, avant de rentrer chez elle.

« - Envole-moi, envole-moi » murmure-t-elle, en refermant doucement la porte.

A qui s’adresse-t-elle ? Aux nuages qui filent tout là-haut dans le ciel, au soleil qui joue à cache-cache avec eux ?

Ça, elle l’a oublié.

 

Elle se souvient.

Elle danse sur le plancher ciré de la salle à manger. Tout son corps se balance, sans effort.

Elle sent la douceur de la soie de son jupon indien qui ondule  et qui s’enroule autour de ses jambes.

Son amour la rejoint et elle s’envole, si légère dans ses bras. Le monde autour d’eux qui voltige, avec pour seul repère fixe son sourire éclatant auquel, éperdue, elle accroche son regard.

 Avec lui, elle retrouve enfin cette sensation de vertige et de plénitude.

« - Envole-moi, envole-moi » susurre-t-elle à son beau fiancé.

 

Elle se souvient.

C’est l’affaire d’à peine un instant.

L’ombre d’une biche qui surgit d’un fossé. Un coup de volant pour l’éviter. La perte de contrôle. La voiture qui tournoie, et le paysage aussi, tout autour d’elle. Si vite, si vite…

Pas le temps d’avoir peur, juste cette étrange sensation de vertige et de…

« - Envole-moi, envole-moi … » murmure-t-elle aux secours qui s’affairent autour d’elle.

Elle ne sent plus ses jambes… Elle ne sent plus rien…

 

Tout d’un coup, elle se sent si légère… Elle a tout oublié. Elle s’endort.

 

Mamido, 22 Mai 2013

Par mamido55 - Publié dans : Impromptus Littéraires - Communauté : L'ESPERLUETTE
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Samedi 18 mai 2013 6 18 /05 /Mai /2013 10:38

Texte écrit en regardant la photo de Romaric Cazaux proposée par Leïloona pour "une photo, quelques mots" n°80.

Bianca, oh Bianca!

cazaux-rue.jpg

Depuis toujours, Bianca n’est rien.

 

Rien d’autre que cette ombre besogneuse qui, à longueur de soirée, brique le plancher ciré du studio de danse. Tout en observant les danseurs initiés par ses parents aux pas compliqués du mambo et de la salsa, du tango et de la samba, de la valse et du cha-cha.

La vedette, c’est sa sœur Gloria. Flamboyante Gloria dont la fougue et la sensualité illumine le plancher ciré.

A elle les trophées. A elle, la cour sans cesse renouvelée des séduisants cavaliers qui se pressent et font la queue pour l’inviter à danser.

 

Depuis toujours, Bianca n’est rien.

 

Rien d’autre que cette petite main cousant minutieusement, à points invisibles, les merveilleuses créations de sa sœur Lucia, dans l’atelier de couture situé au rez-de-chaussée de la salle de danse.

Robes de gala, robes de soirée, robes de cérémonie et robes de bal pour les riches élégantes de la ville… Et pour Gloria également, afin qu’elle fasse flamber le parquet ciré de la salle des fêtes, lors des concours de danse, le samedi soir.

Lucia est la reine des couturières. Les femmes se pressent dans son atelier, elles y font la queue afin de pouvoir acheter et porter l’une de ses somptueuses créations.

 

Le temps passe et toujours personne ne porte attention à Bianca, la benjamine des sœurs Petrès.

Elle n’est rien d’autre que cette ombre besogneuse qui coud le jour dans l’atelier de Lucia et qui, en fin d’après-midi, grimpe à l’étage pour cirer le plancher sous les pas de Gloria et des autres danseurs.

 

Pourtant, chaque nuit, quand tout le monde est endormi, Bianca danse.

Devant le miroir de la salle, là-haut.

Pas besoin de musique. Elle a tous les refrains des disques de son père plein la tête.

Elle se les répète, inlassablement, tandis qu’elle exécute toutes les figures compliquées du mambo et de la salsa, du tango et de la samba, de la valse et du cha-cha.

Elle les connaît toutes par cœur et les enchaîne avec bonheur. 

 

Quand elle a assez dansé, Bianca coud, dans l’atelier, juste en dessous.

Une robe à sa façon, sans paillettes ni frous-frous.

Elle assemble avec goût les étoffes et les colifichets rejetés par sa sœur : « trop simple… trop terne… trop strict… pas assez brillant… pas assez clinquant… »

Bianca se coud une robe d’exception dont la coupe sobre et raffinée, tel un écrin, mettra en valeur sa candide et virginale beauté.

 

Le samedi suivant, pour le concours de danse, une splendide inconnue débarque, éclipsant toutes les autres concurrentes, y compris la somptueuse Gloria qui, pour un temps, en perd de sa superbe et rate tous ses enchaînements.

Tandis que Lucia, se demande avec anxiété, où se trouve la couturière capable de concevoir une robe d’une si audacieuse originalité, Gloria paierait cher pour savoir qui a si bien appris à danser à celle qui la porte.

 

Mais hélas, il leur est impossible d’approcher la belle inconnue pour l’interroger car autour de celle-ci se presse une cour sans cesse renouvelée de séduisants cavaliers qui font la queue pour l’inviter à danser.  

 

Mamido, le 16 Mai 2013

Par mamido55 - Publié dans : Une photo, quelques mots - Communauté : L'ESPERLUETTE
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Dimanche 12 mai 2013 7 12 /05 /Mai /2013 17:45

En regardant une photo de Romaric Cazaux choisie par Leïloona pour "une photo, quelques mots" n° 79, avec, en tête, les mots de Karen Ann, chantés par Henri Salvador dans "Jardin d'hiver".

 

Un thé au jardin d'hiver.

cazaux-tea-time.jpg

Aujourd’hui, je vous ai invité à prendre le thé dans mon jardin d’hiver.

 

« Votre jardin d’hier » dites-vous, avec ce sourire narquois qui n’appartient qu’à vous.

 

A cette remarque mi figue, mi raisin, un voile de nostalgie nous enveloppe soudain tous les deux. Vous l’avez faite les yeux mi clos, en m’observant verser la boisson fumante dans les fines tasses de porcelaine du service de maman. Celui-là même dont nous moquions gentiment la désuétude à l’époque de nos vingt ans où le mot « ringard » ne s’employait pas comme à présent.

 

A l’évocation de ce passé, la théière tremble dans mes mains désormais usées et déformées.

 

Je revoie le soleil pâle de cette journée de novembre.

En sortant de derrière le paravent qui dissimule le lit, vous rajustiez votre robe à fleurs et vos dentelles que mes mains alors fougueuses et impatientes avaient froissées et jetées au sol, dès votre arrivée.

C’est que je n’en pouvais plus de vous avoir tant attendu !

Sur vos lèvres déjà, s’étirait ce sourire narquois qui n’appartient qu’à vous.

 

Les années ont passé, qu’il est loin l’âge tendre…

A l’époque, nous nous chuchotions, dans un soupir,  nos doux serments d’amour.

Aujourd’hui, nous nous contentons  d’échanger d’éloquents regards.

Pourtant à présent comme hier, dans mon jardin d’hiver, nul ne peut nous entendre.

 

Nous avons dansé comme Fred et Ginger…

Nous avons déjeuné, sur une couverture,  par terre…

Nous nous sommes embrassés les yeux grands ouverts…

Dans ce jardin d’hier, dans ce jardin d’hiver.

 

Oh, ma chère !

Comme j’aimerais toujours, et pour longtemps encore, vous plaire…

Dans mon jardin d’hiver !

 

Mamido, le 12 Mai 2013

Par mamido55 - Publié dans : Une photo, quelques mots - Communauté : L'ESPERLUETTE
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Vendredi 26 avril 2013 5 26 /04 /Avr /2013 12:05

Texte inspiré par la vision des clichés effectués par une photographe attentive au centre social de Rive de Gier, le 8 Mars 2013. Quelques dames s'étaient abandonnées aux mains et aux soins experts et respectueux de deux élèves esthéticiennes.

La vue de ces clichés lumineux, les réactions de ces vieilles dames qui les regardaient ont déclenché mon écriture.

(NB: Pour des raisons de droit et de respect des personnes et de leur image et de la photographe, le cliché ci-dessous est un cliché dans le même esprit mais libre de droit et emprunté au site "fotosearch")

 

Reines d'un jour.

reflet-dans-le-miroir.jpg

Reines d’un jour,

Reines toujours !

 

Reines d’un matin

Oubliés les chagrins.

On est entre leurs douces mains

Elles sont pour nous aux petits soins

Caressées, massées

Maquillées et coiffées

Bichonnées, pomponnées…

On s’est abandonnées

On s’est bien amusées.

 

Reines d’un après-midi

Oubliés les soucis

Il a suffi que l’on sourie

Sur les photographies

Ou qu’on prenne la pose

Dans le jardin aux roses

Et comme on lâche prise

Le temps perd son emprise

Nous rendant la jeunesse

L’instant d’une caresse.

 

Reines d’un soir

On se regarde dans le miroir

Se prenant à rêver pleines d’espoir

Que quelqu’un sera là pour nous voir

Après qu’on se soit dit « Bonsoir »

Un inconnu, sur le trottoir

Ou la voisine, dans le couloir.

 

Reines d’un jour

Reines toujours !

 

Mamido, le 26 Avril 2013.

Par mamido55 - Publié dans : Bricoleurs de mots - Communauté : L'ESPERLUETTE
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Dimanche 21 avril 2013 7 21 /04 /Avr /2013 10:16

Texte écrit d'après la photo de Romaric Cazaux publiée par Leïloona cette semaine pour "Une photo, quelques mots" n°77.

 

Retour de vacances.

Cazaux-autoroute.jpg

Ça y est, cette fois-ci, les vacances, c’est définitivement terminé !

 

Ce matin, les parents nous ont tiré du lit à six heures, il faisait encore nuit. Comme on traînait à se lever, ils ont râlé et on s’est fait bousculer.

Côté ambiance, c’était bonne heure mais pas bonne humeur.

 

Les bagages étaient prêts dans l’entrée. Le sac de linge sale n’attendait plus que nos pyjamas et nos serviettes de toilette. Papa nous a pressé pour qu’on se lave et qu’on s’habille afin de pouvoir tout descendre dans la voiture.

 

Ensuite, il a fallu déjeuner debout, devant l’évier. Maman avait déjà monté les chaises sur la table pour laver la cuisine. Oubliés les petits déj’ des vacances où l’on lézardait tous les quatre jusqu’à dix heures !

 

Une heure après, tout était net et propre. On nous a expédié dans la voiture pendant que les parents faisaient un dernier tour avant de tout fermer.

 

On a longé une dernière fois l’océan avant de prendre l’autoroute.

Moi, j’aime bien quand ça roule longtemps. Je rêve et je dors… Je dors et je rêve…

C’est pas comme mon idiot de frère qui sait pas comment s’occuper et passe son temps à râler !

 

Par contre, là, au dernier péage, ça sent vraiment la fin des vacances.

 

Alors, quand la voiture redémarre, je me retourne une dernière fois.

Là-bas, à l’ouest, d’où on vient, j’aperçois le rose fushia du soleil couchant qui flotte dans l’azur absolu du ciel. Devant, sur l'écran de la nuit qui s’installe, s’impriment les lumières criardes du péage, le halo des phares de voiture. Ça scintille et ça clignote comme à la fête foraine.

 

Comme un dernier clin d’œil de l’été avant la rentrée.

 

Mamido, 17 Avril 2013

Par mamido55 - Publié dans : Une photo, quelques mots - Communauté : L'ESPERLUETTE
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